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mardi 23 décembre 2008

Les souffrances de Benyoucef Mellouk


Décidément, le régime ne sait plus que faire devant cette affaire qui éclabousse toute une tripotée de pontes et autres magistrats, connue sous le nom de « l’affaire des magistrats faussaires » ou encore « l’affaire Mellouk » du nom de l’homme qui eut un jour de mars 1992 le courage de la faire éclater sur la place publique.



Depuis, la vie de Benyoucef Mellouk, cet ancien chef de service des affaires sociales et du contentieux au ministère de la Justice, est devenue un enfer. Emprisonné avec feu Abderrahmane Mahmoudi dès la publication de l’affaire dans les colonnes de L’Hebdo Libéré en 1992, son salaire fut aussitôt suspendu. Et la suite ne fut qu’un long feuilleton d’intimidations, entre harcèlement judiciaire, pressions en tous genres et autres humiliations. Dernière avanie en date : le 18 décembre dernier, M. Mellouk a été rendu destinataire d’une étrange convocation à l’en-tête de la Trésorerie centrale, enjoignant à l’ancien fonctionnaire du ministère de la Justice de s’acquitter de la somme de 10 224 DA équivalant à la solde de ce…mois de mars 1992 où M. Mellouk était en détention ! Cela faisait suite à la décision de suspension du traitement du « dangereux pourfendeur » émargeant à la chancellerie, laquelle décision est datée du 25 mars 1992, soit peu après l’éclatement de l’affaire dans la presse, et ce, en guise de premières représailles.

« Vous êtes requis de payer sans retard les sommes détaillées dans le bordereau d’envoi qui sont dues au Trésor », lit-on dans ce libellé qui prévient que si le « contrevenant » ne paie pas la somme dite sous huitaine, il encourra les poursuites prévues par la loi. Petit détail (et guère anodin) : la convocation date du…23 juillet 2008. Ce qui fait sourire et pleurer Benyoucef Mellouk qui s’étonne de cette missive qui arrive, pas seulement avec cinq mois de retard, mais avec, à bien y voir, seize ans de retard ! Autre outrage subi par l’ex-haut fonctionnaire : il est privé de passeport depuis 1992. Et dernièrement, ayant formulé une demande de recouvrement de son document de voyage, il reçoit une convocation émanant de la sûreté de wilaya de Blida datée du 8 décembre 2008.

M. Mellouk se voit alors notifier qu’il ne peut jouir de son passeport sans présentation expresse du jugement définitif rendu à son sujet dans l’affaire des magistrats faussaires. « Depuis 48 heures, je suis comme un fou. J’ai soudain un problème dermique qui me ronge le crâne chevelu dû à un pic de tension », dit-il en exhibant des taches rouges ayant nouvellement envahi son visage émacié. Normal quand on se représente toutes les abominations qu’a dû subir dans sa chair cet épatant commis de l’Etat qui défend sa cause au péril de sa vie. Même sa famille a eu à pâtir des affres de la hogra infligées par d’obscures officines pour faire payer à l’intègre fonctionnaire son sursaut de moralité. « Je suis fatigué, épuisé, vidé de mes forces ! Si une quelconque ambassade m’offrait l’asile, je m’y réfugierais », éructe-t-il dans un moment de colère toute légitime.

Mais l’homme, loin d’abdiquer, persiste et signe : l’affaire des magistrats faussaires, l’un des plus gros dossiers de faux et corruption pendant au nez de la justice algérienne, éclatera un jour et ses protagonistes paieront. « Que les magistrats ouvrent le dossier sérieusement ! L’affaire traîne encore devant la cour et le verdict de la vérité est repoussé indéfiniment », rage-t-il. « Malheureusement, pour raison d’Etat, ils me font punir : pressions, menaces, intimidations, on m’a fait voir de tout. On m’a radié de mon poste pour avoir dénoncé des intouchables dans cette affaire qui a éclaboussé toutes les institutions de l’Etat. Ils m’interdisent mes droits civiques ; maintenant, on s’attaque à mon passeport pour me bloquer. Et voilà ce ridicule mois de salaire qu’on me réclame seize ans plus tard, un traitement qui remonte à la période où j’étais en prison avec Abderrahmane Mahmoudi, Allah yerahmou.

C’est une honte, une injustice flagrante ! Et je tiens le premier magistrat du pays, le président Bouteflika, pour premier responsable de cette situation, lui qui n’a pas eu le courage de trancher dans cette affaire qui touche l’honneur de tout un pays et l’épopée des chouhada. On veut ainsi couvrir des voleurs magistrats qui ont profité sur le dos du peuple et son trésor en obtenant de fausses attestations de moudjahidine. Qui doit payer, moi ou eux ? Moi, je suis prêt à aller au fond de ce dossier pour faire éclater la vérité, et je le ferai à l’intérieur ou à l’extérieur ». Courageux, digne, M. Mellouk continue d’arpenter les couloirs des rédactions et des palais de justice, ses sulfureux dossiers à la main, comme une bombe qui manque d’exploser avec à la bouche ces mots qui résument la foi ardente qui l’anime et expliquent sa formidable ténacité : « Je ne regrette pas d’avoir fait mon devoir envers mon pays que j’aime ».



Par Mustapha Benfodil

http://www.elwatan.com/Les-souffrances-de-Benyoucef

mardi 29 janvier 2008

Le verdict sera connu le 4 février

Justice-M. Djeghaba et M. Mohammedi contre Benyoucef Mellouk
L’affaire opposant deux anciens ministres, à savoir Mohamed Djeghaba et Mohamed Salah Mohammedi (les plaignants) à Benyoucef Mellouk, ce fonctionnaire du ministère de la Justice qui a révélé le triste et ô combien coûteux et préjudiciable scandale des « magistrats faussaires », a été jugée hier en fin de matinée après plusieurs reports d’un procès qui traînait en longueur depuis 1999.
L’audience n’a pas été longue d’autant que les plaignants, l’ex-ministre des Moudjahidine et l’ex-ministre de l’Intérieur, pour la énième fois, n’ont daigné prendre leur courage à deux mains pour venir devant le juge argumenter leur plainte en diffamation. Le procès a été suivi avec beaucoup d’attention et « aussi beaucoup de peine », diront quelques vénérables moudjahidine venus d’Alger et d’ailleurs pour apporter soutien et réconfort à celui qui a osé étaler sur la place publique un dossier douloureux pour les vrais anciens combattants, pour la dignité du pays et très coûteux pour son économie. Etaient présents les moudjahidate Louiza Ighil Ahriz, Fatouma Ouzeggane, Zhor Zerari, d’anciens officiers des Wilaya III et IV (Mahmoud Touabi et Dehlouk Menouar) et Chemsedin Boudjedra qui est un ancien du MALG. Ce dernier a diffusé avant le procès un communiqué signé par « un comité des moudjahidine de soutien à Benyoucef Mellouk pour la justice et la vérité ». Se sont également déplacés pour la circonstance des écrivains et les députés Leïla Arab et Ali Brahimi. La magistrate qui a conduit le procès suivra-t-elle le 4 février prochain, jour où sera rendu le verdict, le réquisitoire rapide d’un procureur qui a demandé une sanction de six mois de prison ferme et 500 000 DA d’amende contre M. Mellouk ? Ou prendra-t-elle en considération les arguments de la défense assurée par maître Mokrane Aït Larbi qui a démontré que la tenue du procès en question a été précédée de démarches qui ne font pas honneur à une bonne administration de la justice.
Atteinte à la dignité
D’abord, la plainte, déposée en 1999, évoque une diffamation dont se serait rendu coupable M. Mellouk en… 1992 lors de la tenue du procès des magistrats faussaires à l’issue duquel M. Mellouk et le journaliste Abderrahmane Mahmoudi ont été jetés en prison. En d’autres termes, relève l’avocat, MM. Djeghaba et Mohammedi ne se sont réveillés que près de huit ans plus tard pour réaliser qu’ils ont été diffamés par les propos d’un fonctionnaire de l’Etat algérien qui s’exprimait au surplus devant un juge. Me Aït Larbi remarquera en outre que le parquet n’a pas enrôlé l’affaire immédiatement après son dépôt parce que le procès-verbal la concernant n’a pas été signé et que ce n’est que bien plus tard, soit en 2004, qu’elle a été réintroduite et, cette fois-ci, enrôlée. Que s’est-il passé entre-temps et pourquoi est-on passé à la manière forte ? En effet, le 6 janvier 2007, un curieux mandat d’amener est délivré contre M. Mellouk soi-disant parce qu’il n’aurait pas répondu à une convocation de la justice. Et Me Aït Larbi de s’adresser à la juge : « Pourquoi cette convocation n’est pas dans le dossier ? » Il conclura sa plaidoirie en disant : « Lorsque le cours de la justice prend ce chemin truffé d’irrégularités, il n’y a plus ni équité, ni justice, ni défense qui vaille ; c’est tout simplement de la hogra. » M. Mellouk, dont la détermination de fonctionnaire honnête et d’ancien moudjahid sûr de lui n’était pas le moins du monde diminué par les différents types de harcèlement judiciaire et administratif dont le poursuivent les faussaires depuis plus de 15 ans, a réaffirmé la démarche à laquelle il s’en tient depuis 1978 au moment où lui a été confiée, par le ministère de la Justice, la mission de débusquer les faux moudjahidine qui avaient trafiqué les documents nécessaires à l’obtention de la qualité de moudjahid. Il a réaffirmé devant la juge avoir « dénoncé des faussaires qui ont trahi le pays et qui grâce au faux et usage de faux se sont retrouvés à la tête d’importantes institutions, voire à la tête du pays ». Il est à rappeler que ce vieux dossier des faux moudjahidine a pris des proportions absolument énormes. Il s’agit d’abord d’une atteinte incommensurable à la dignité de ceux qui ont laissé leur vie pour que ce pays recouvre son indépendance. Il s’agit d’une deuxième plaie pour ceux qui se sont réellement battus dans les villes, villages, plaines et montagnes et qui se sont retrouvés diminués physiquement par des blessures qu’ils emporteront jusque dans leur dernière demeure. Le préjudice subit par le pays est incalculable parce que les faussaires, grâce à leurs faux documents, ont réussi à accéder à des postes de décision alors qu’ils ne disposaient pas des compétences pour le faire sans compter que les corrompus sont généralement incapables de gérer au mieux les missions auxquelles ils accèdent. C’est enfin un terrible effort financier qui est imposé à l’économie du pays qui sert à rémunérer des délinquants. Cet effort financier est de plusieurs centaines de milliers de dinars par mois si l’on doit prendre en considération les pensions qui font que le budget du ministère des Moudjahidine est chaque année non seulement le plus important après celui de la Défense, mais celui qui augmente le plus.
A. Ancer
Elwatan

mardi 27 novembre 2007

Le procès renvoyé au 28 janvier 2008

Le procès en diffamation intenté par les
deux ex-ministres des Moudjahidine et
de l'Intérieur, respectivement Mohamed
Djeghaba et Mohamed Salah Mohamedi,
contre Benyoucef Mellouk, qui devait avoir
lieu hier, a été reporté au 28 janvier prochain.
En effet, la magistrate qui devait siéger au
tribunal correctionnel de Sidi M'hamed est
en congé de maladie. Aussi, alors que l'un
des plaignants a envoyé son avocat, l'autre
n'a pas encore donné signe de vie. C'est
pourquoi l'avocat de M. Mellouk, maître Aït
Larbi, a exigé la présence des deux plaignants.
De son côté, Benyoucef Mellouk est
intervenu hier pour réclamer l'ouverture de
tout le dossier des magistrats faussaires. Il
faut rappeler que les deux ex-ministres ont
déposé une plainte en… 2002 contre Benyoucef
Mellouk, ancien responsable du
contentieux et des affaires sociales au ministère
de la Justice, la citation l'accusant d'avoir
cité à «tort» leurs proches dans le scandale
des magistrats faussaires, quand il avait
publié en mars1992 la liste des hauts cadres
de l'Etat impliqués dans cette affaire.
H. M.

ElWatan 27/11/2007

dimanche 11 novembre 2007

La LADH réitère son soutien à Benyoucef Mellouk

La LADH réitère son soutien à Benyoucef Mellouk
Boudjemaâ Ghechir interpelle le président de la République
Le président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), Boudjemaâ Ghechir, a adressé une lettre au président de la République lui demandant de mettre un terme au harcèlement que subit Mellouk Benyoucef, depuis qu’il a eu à dévoiler le scandale des magistrats faussaires.
Dans cette lettre, Me Boudjemaâ Ghechir estime que Mellouk Benyoucef, « jaloux de la sacralisation des sacrifices des combattants pour la libération a cru de son devoir en tant qu’honnête citoyen et commis de l’Etat de dénoncer certains individus qui avaient investi les rangs des moudjahidine par le faux, d’une part, et la noble profession de magistrat, d’autre part, malgré leur qualité de faussaire. Son combat qui, sous d’autres cieux, aurait entraîné la reconnaissance du pays, ou du moins celle des responsables hiérarchiques, a malheureusement été le détonateur d’une cabale contre lui en subissant les foudres de l’administration et les désagréments du harcèlement judiciaire ». L’avocat interpelle le Président en lui disant qu’en sa qualité d’ancien moudjahid et premier magistrat du pays, il ne saurait « tolérer que Mellouk subisse depuis des années les affres de la hogra juste pour avoir dénoncé des pratiques touchant à la sacralisation du djihad et la noblesse de la profession de magistrat ». Aussi, ajoute-t-il, « il semble évident que votre intervention pour mettre fin à cette injustice devienne un devoir par rapport à votre qualité de moudjahid et de premier magistrat du pays », car selon lui, les rangs de ces héros de la révolution sont malheureusement, à ce jour, investis par des faussaires. La Ladh, faut-il le rappeler, a été la première organisation de défense des droits de l’homme à avoir exprimé son soutien et sa solidarité avec Benyoucef Mellouk, et ce, au lendemain de la programmation du procès pour le 26 novembre au tribunal de Sidi M’hamed, à Alger. Il s’agit, en fait, d’une plainte déposée en 2002 par Mohamed Djeghaba, ancien ministre des Moudjahidine, et Mohamed Salah Mohammedi, ancien ministre de l’Intérieur, pour avoir mis au grand jour le scandale des magistrats faussaires. Dans une récente déclaration à El Watan, Mellouk est revenu sur ce scandale en expliquant qu’il a été chargé de par sa fonction de chef de service contentieux et affaires sociales du ministère de la Justice « d’ouvrir les dossiers de tous les magistrats faussaires. Et pour mettre un terme à toute forme de manipulation qu’elle émane du ministre des Moudjahidine ou de l’ONM, j’invite ces derniers à déposer plainte, ou encore, je lance un appel au ministère de la Justice pour se constituer partie civile et de là, je remettrai tous les documents et les originaux aux autorités compétentes pour la vérité. » Mellouk Benyoucef a demandé au président de la République de mettre un terme à cette situation, « lui qui a fait le serment devant le peuple pour un Etat de droit et de justice ». Défendu par Me Mokrane Aït Larbi, il affirme avoir remis les preuves du dossier à la presse, mais également à toutes les institutions de la République, les services de sécurité, l’ONM, le ministère des Moudjahidine, la présidence de la République. Pour lui, « ceux qui veulent étouffer cette affaire s’inscriront dans une logique de trahison envers le peuple, ses martyrs et son histoire ».
Salima Tlemçani
ElWatan